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Interview/portrait de Frédéric Motté

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Tout a commencé dans les pommes. Ce qui n’a rien d’étonnant pour ce natif du pays d’Auge. Frédéric Motté a 14 ans lorsqu’un arboriculteur lui propose de l’accompagner sur les marchés. Et ce qui n’était qu’une occasion de se faire un peu d’argent de poche va faire naître chez ce jeune homme une vocation : satisfaire sa clientèle.

Ce petit boulot va durer cinq ans. Le temps que s’affermisse une passion : la mode. Le temps de finir ses études à l’IUT de Lisieux où il rencontre David, son complice. Le temps, surtout, de franchir le pas pour se mettre à son compte…

« Au début, et déjà épaulé par David, j’ai commencé sur les marchés de Lisieux et Caen, puis je me suis intéressé aux braderies, peut-être parce que j’y trouvais une clientèle plus mélangée, plus en accord avec ce que je proposais. L’été, on descendait faire les marchés dans le sud de la France… Ca marchait plutôt bien ! »

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Rapidement, il comprend que sa marchandise, principalement importée d’Inde et du Népal, convient parfaitement aux goûts des foules un peu hippies, psychédéliques, trance babacools, rocks, new-waves, grunges, bref : aux festivaliers.

« C’est dans les festivals que l’esprit Ochapito est né. Au milieu de la musique, de la fête, de la danse, de la liberté. Aujourd’hui encore c’est ce que je défends par le choix de vêtements colorés, de formes imaginatives et gaies, de matières surprenantes et novatrices. Ce que l’on trouve dans les boutiques Ochapito c’est l’énergie et la joie de vivre qu’il y a sur les festivals où des gens très différents se rassemblent pour s’amuser et s’exprimer. »

Frédo passe donc six mois de son temps à trimballer son étal de festival en festival, passant de la trance au jazz et du rock au théâtre hors-les-murs. L’autre moitié de l’année, il voyage de pays en pays : Argentine, Thaïlande, Indonésie, Bolivie… en tout plus de trente destinations !

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« Le voyage fait partie de mon métier mais également de moi. J’aime aller au fin fond d’un pays d’Asie pour dégoter chez un petit artisan quelque chose qui change, quelque chose d’inattendu, une coupe inédite, un tissu aux motifs improbables, quelque chose qui me surprenne et qui, donc, surprendra mes clients. ».

Et pour ça, il a l’oeil. A 20 ans, il fait venir son premier container de Thaïlande avec des meubles, des instruments de musique et, bien sûr, des vêtements.

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C’est à cette époque nomade qu’il part à la rencontre de Didier Chekroun, le créateur de la marque Pygmees qu’il adore. Ils vont devenir amis. Didier lui présente Manu Poulain, le concepteur de la marque Turbo Wear, et tous les deux lui ouvrent les portes de deux très gros festivals : Avignon et le Boum Festival. « Déjà, rien que d’espérer participer en tant que marchand à l’un de ces festivals, c’est un rêve. Alors les deux, c’était même pas envisageable ! »

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Suite à quoi naît le projet d’une boutique sur Toulouse, qui n’aboutira pas. C’est finalement à Lisieux qu’une opportunité se présente. Le nomade se sédentarise au 4 rue de la Résistance.

« Tous nos copains et la famille sont venus nous filer un coup de main pour retaper cette ancienne boutique. Ce lieu a été imaginé et fabriqué dans une sorte d’allégresse, de bien-être et d’amitié qui se sont définitivement imprimés dans ses murs. Je pense que toutes les personnages qui y ont travaillé par la suite, telles Louise Posiciecka et Julie Frontin, ont ressenti cette belle énergie. On ne réussit pas seul ! Je n'aurais jamais réussi tout cela sans de bons amis et, surtout, le soutien indéfectible et quotidien de mes parents. Ochapito est une affaire de famille ! »

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Le 18 octobre 2008 Frédéric fête ses 23 ans, embauche naturellement son complice, David, et ouvre : Ochapito. Quatre échassiers venus de Paris et déguisés en cartes à jouer distribuent les flyers annonçant l’ouverture : l’idée est là et, sous l’impulsion d’Arthur Bony, s’impose le projet que chaque année, à cette date, on fera la fête dans cette rue. Le festival Ochapito vient de naître. Il réunit aujourd’hui plus de 2 000 personnes…

AUJOURD’HUI

Au début, la boutique proposait essentiellement des articles Sport et Street Wear mais déjà quelques vêtements de prêt-à-porter pour toute la famille. C’est au fil des années, après des kilomètres parcourus dans les allées des salons de prêt-à-porter, après des allers et retours en Asie, en Amérique du Sud, en Europe, c’est en fonction des rencontres et de l’évolution de ses goûts musicaux, que le choix des marques et le profil de la boutique se sont affirmés.

« La couleur : je veux en mettre dans les rues et communiquer cette énergie qui émane d’elle ! C’est vraiment le coeur de ma démarche et c’est ainsi que je fais le choix des marques et des articles que l’on trouve chez Ochapito. »

Mais le nomade qu’il est a bien du mal à rester cloisonné dans sa boutique. Le vendeur ambulant a du mal à attendre que les clients entrent d’eux-même. Le festivalier : à laisser ses vêtements immobiles sur des cintres.

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« Après huit années d’existence, je suis incapable de dire combien d’événements nous avons organisé ! Shooting photo, défilés de mode des bars jusqu’au Parc Expo de Lisieux, concours de Graff ou encore de modèles, animations, performances, ateliers… Il est crucial pour nous de participer énergiquement à la vie de notre ville. Ca peut être par la mise en place d’un festival, par la formation d’élèves en lien avec leur lycée professionnel ou par des actions simples comme, par exemple, sonoriser le centre-ville le mercredi et le samedi. Mais nous devons agir là où nous vivons. »

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Ca n’est d’ailleurs pas un hasard si la deuxième boutique Ochapito ouvre à Caen le 21 juin 2014 : jour de la fête de musique et du solstice d’été.

« A Caen, nous devons relever le pari d’établir dans une grande ville l’état d’esprit et l’ancrage culturel que nous avons réussi à mettre en place sur Lisieux. Pour cela, nous avons trouvé la bonne personne pour gérer la boutique : Sarah. Elle s’est pleinement impliquée. Et puis, nous allons mettre en place des actions festives en fédérant les autres commerçants de la rue Froide. »

DEMAIN

Ochapito est parvenu à concilier contre-culture et boutique ouverte à toute la famille, à défendre ses valeurs sans se fermer aux nouvelles attentes des clients, à s’agrandir sans s’éloigner et pourtant : même s’il y a aujourd’hui des perspectives d’embauches, le combat ne fait que commencer.

« Nous devons réussir à nous implanter sur le web, qui nous livre une guerre impitoyable, tout en restant qui nous sommes : un espace local, proche et à l’écoute des attentes de nos clients. Puis, en tant que commerçants, nous avons un rôle déterminant à jouer dans les grands défis de notre temps. Et en particulier, sur celui de l’environnement. Il faut savoir qu’un jean parcourt en moyenne 68 000 kilomètres avant d’être acheté ! Ca en fait du kérosène pour un simple pantalon ! C’est pourquoi nous défendons essentiellement des petites marques, des enseignes qui ont une démarche innovante et courageuse, comme Skunkfunk qui a reçu le label GOTS, le certificat le plus complet concernant les textiles biologiques. Nous cherchons toujours de nouvelles initiatives, sans nous arrêter sur un style ou un univers défini. Nous sommes en perpétuel recherche de nouvelles matières comme le bambou ou le coton organique. Même pour les cuirs, nous veillons à mettre en avant des marques espagnoles ou portugaises qui offrent des chaussures d’une grande qualité aux formes originales. Demain, nos boutiques se doivent de proposer un peu plus que des vêtements, mais une éthique. »


Lisieux, le 12 avril 2016
Propos recueillis et texte : Antoine Fantin

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